jeudi 30 décembre 2010

L'hiver est une saison rajoutée

Je reste abasourdi. C’est comme ça. J’arrive à me déplacer et à faire des choses utiles comme plier le linge et ranger de la vaisselle propre, et puis je dors aussi. J’ai eu froid mais c’est passé maintenant. Je vis avec un lutin bruyant et incroyablement beau et je m’habille de façon décousue en empilant des vêtements dépareillés sur des chaises. Je liste des choses à faire qui s’agencent avec sorcellerie mais je peux aussi m’asseoir sans ne rien faire pendant quelques minutes. Si je bois j’écoute un disque très fort. Si je mange c’est pour atteindre la limite de mon estomac. J’alterne mécaniquement des jeûnes tuyauteux avec des boulimies idiotes. Je m’installe derrière un ordinateur portable sans plus le déplacer, ce qui rend inutile sa fonction principale. J’attends de récupérer une connexion mais en ce moment ça ne marche pas. Je lis de très grands livres qui ne se lisent pas et dont je prends plaisir à décortiquer des extraits pleins de mots qui nécessiteraient de prendre d’autres livres qui ne se lisent pas pour en trouver le sens jusqu’à se retrouver soudainement en plein cœur de ce genre de mise en abîme intellectuelle qui vide toutes les choses de leur sens ; je lis donc d’autres livres qui ne se lisent pas non plus tellement leur bêtise est profonde, dont j’avale les phrases malhabiles les unes après les autres pour tuer le temps. Je regarde des films, même si pour ce faire je dois systématiquement réinitialiser le branchement illogique qui relie tout ce tas d’appareils qui trônent en déséquilibre dans ma chambre. Tout ça ressemble au local technique d’une PME. Parfois il faut que je chausse des lunettes, ce qui me donne des nouvelles raisons de me regarder dans des miroirs. Je regarde aussi mon visage et mon corps sur de nouvelles photos, mais ça ne me fait plus le même effet qu’avant. J’ai souvent froid aux pieds et pour autant je ne prends pas le temps de mettre des chaussettes parce que ce geste m’ennuie. Je m’étonne de moins aimer le café ; inversement, il me vient souvent dans la journée l’envie pressante et inexpliquée de conduire ma voiture. Je suis beaucoup allé marcher dans le centre-ville alors qu’à cette époque de l’année, la densité de la foule et la frénésie avec laquelle elle grouille aux portes des magasins m’épuise généralement très vite. J’ai la sensation très déstabilisante d’avoir acheté énormément de choses alors que les chiffres de mes comptes bancaires restent bizarrement optimistes ; j’aurais préféré une Bérézina financière et la culpabilité qui l’aurait accompagnée. Je construis un temple d’objets hétéroclites comme un meuble en kit à la force titanesque. Je voudrais découvrir de nouvelles pièces dans l’appartement que j’occupe depuis onze ans. J’ai l’impression que ma femme me suit. J’éprouve très souvent le besoin de me brosser les dents, plusieurs fois dans l’après-midi. J’ai peint des animaux en papier mâché à l’aide d’un gel pailleté transparent ; une otarie, et un dauphin. Je les ai mis au pied d’une lampe. Le temps est si gris qu’il est possible que rien n’existe vraiment derrière les fenêtres. Hélas dès que l’on sort tout est là, presque avec des couleurs et la magie s’effondre et il ne reste qu’à marcher vers quelque part comme d’habitude. Il y a trop de licornes dans notre appartement, et moi, j’ai toujours eu peur des chevaux. Je vis avec un lutin bruyant et incroyablement beau et ma femme me suit.
(redémarrage du système)
Je sais que je viens de passer un anniversaire supplémentaire mais comme les autres, il n’a pas marché et le temps continue donc de pouvoir être compté à l’extérieur mais pas dans moi, où il file sans à-coups si bien qu’il faut que je guette des choses sur mon corps pour ne pas être surpris. Ma mère s’est transformée en ma grand-mère qui est morte. Je continue obstinément à fumer des cigarettes sans plus la moindre envie et dans les toilettes, sur un meuble argenté normalement fait pour les salles de bain il y a une méthode pour aider les femmes à arrêter de fumer dont il est dit à l’intérieur qu’il faut la lire d’un trait sans s’arrêter pour qu’elle fonctionne. Le placard est rempli de petits sachets de bonbons mais il n’y en a aucun de ceux que j’aime et qui me font me lever la nuit en ayant froid. Pour des raisons obscures nous avons inter-changé toutes les lampes de la maison si bien que la plupart d’entre elles semblent incongrues à la place qu’elles occupent. Il va bientôt falloir déménager.

mardi 30 novembre 2010

Collier de griffes

J'ai pénétré bien des mystères

Dont les humains sont ébahis

Grimoires de tous les pays

Etres et lois élémentaires.

Les mots morts, les nombres austères

Laissaient mes espoirs engourdis;

L'amour m'ouvrit ses paradis

Et l'étreinte de ses panthères.

Le pouvoir magique à mes mains

Se dérobe encore. Aux jasmins

Les chardons ont mêlé leurs haines.

Je n'en pleure pas; car le Beau

que je rêve, avant le tombeau,

M'aura fait des heures sereines.



Heures Sereines - Charles Cros - Paris - 1888










Mask - Herb Ritts - Hollywood, 1989

mardi 23 novembre 2010

Ca t'intéresse de toucher quelques psychédéliques organiques ?

J'ai ici des documents à analyser. Je veux que vous me disiez dans quelle proportion ils sont truqués. Lorsque vous m'aurez communiqué les résultats, je vous donnerai d'autres instructions. Il y a en dans les six kilos. Vous aurez besoin d'un carton modèle trois.
A scanner darkly / Philip K. Dick

mercredi 17 novembre 2010

Peindre ou faire l'amour

Lire puis dessiner, écouter de la musique, conduire une voiture neuve bon marché, marcher, discuter sans envie, sourire, avoir froid, boire un café, renoncer à allumer une cigarette, hésiter devant un placard, enfiler un pantalon froid, se servir un verre, s'allonger, rincer puis couper un légume en petits carrés, jeter un oeil par la fenêtre, renoncer à se ronger les ongles, rester assis au milieu du salon, se regarder nu debout, manger un aliment sans conviction, regarder un point derrière la télé allumée, observer un animal de compagnie, se moucher, avoir froid, traverser une pièce au pas de charge, ranger des verres propres sur une étagère, épousseter un bibelot du bout du doigt, allumer une cigarette, croiser les jambes, manger un Malabar, renoncer à boire un autre café, compter la monnaie restée au fond d'une poche, réfléchir soigneusement à rien, grimacer à l'idée du lendemain, ne pas répondre au téléphone, sortir en claquant doucement la porte et sans donner de tour de clé, être surpris par la température de l'air, suivre un chemin connu, maugréer, souffrir du dos, se languir, avaler, avoir le cuir chevelu qui gratte, écouter un bruit parasite, faire une photocopie.

mercredi 27 octobre 2010

L'objet de mon affection

Dimitri Sokolov-Mitricht, au-delà d’avoir, pour tout amateur de romantisme russe, un nom qui fait voyager l’imagination, est journaliste à l’Izvestia de Moscou ; il se trouve aussi que «Courrier International nous relate que Dimitri Sokolov-Mitricht a mené une expérience pamphlétaire contemporaine, version slave : à l’opposé du procédé forcément « bigger than life » de l’américain Morgan Spurlock et de son pamphlet « Supersize me », Dimitri Sokolov-Mitricht s’est contenté d’une semaine passée « dans un studio ordinaire de type soviétique », avec pour mot d’ordre un quotidien quasi monacal destiné à éprouver une vie au consumérisme limité à l’extrême.
Résultat ? Là où l’américain s’astreint à trente jours d’expérimentation pour parfaire sa démonstration de la folie nutritionnelle qui s’empare de son pays et livre un film-documentaire témoignant de la menace qu’il a fait peser sur sa propre santé, le russe se contente d’une semaine d’immersion pour délivrer un article, sans avoir altéré aucune de ses facultés. Les deux méthodes fonctionnent pourtant aussi bien l’une que l’autre, chacune finissant par sensibiliser un vaste public. Fond contre forme ? Le russe écrit notre relation passionnelle aux objets au travers d’une privation qu’il s’inflige, l’américain filme notre relation addictive à la nourriture au travers d’une surconsommation qu’il s’inflige. Est-ce là une antépénultième preuve de ce manichéisme hérité des 60’s se complaisant dans l’opposition d’un supposé naturel extraverti de l’Ouest avec un tout aussi supposé pragmatisme introverti de l’Est ? Alors que les deux démarches visent un but quasi-similaire, suis-je plus touché par Dimitri Sokolov-Mitricht que par Morgan Spurlock parce que :
- Je ne mange que peu de junk-food, et que je préfère légitimement un ragoût d’agneau au thym à un menu « super size » (rappel : notre chaîne de restauration rapide nationale vient de lancer sur le marché un tout nouveau sandwich « X-Tra Long »…)
- Je ne suis que moyennement consommateur de cette mode de film-documentaires qui assènent des vérités (souvent catastrophisantes et systématiquement culpabilisantes) sur un monde bizarrement conscrit dont nous chevauchons tous la dérive
- Je préfère sans grande hésitation l’écrit à l’image
- Je préfère Michel Strogoff à Jason Bourne.
(liste non exhaustive).
Bref, voilà cet article intitulé : « Huit jours de bonheur loin de la consommation »

« Vous savez quel a été le plus grand pied que j’ai pris cette année ? Mon réveillon en Autriche ? Non. Mon reportage sur le Baïkal, au frais, pendant que Moscou étouffait dans la canicule et la fumée des incendies ? Non plus. La semaine où je me suis le plus régalé a été celle que j’ai passée tout seul dans un studio ordinaire de type soviétique, avec un canapé-lit, une table, un tabouret, une baignoire, un évier et un frigo. J’avais pris quelques sous-vêtements, un pantalon et une chemise. Je suis arrivé un vendredi et suis allé faire mes courses ; j’ai acheté à manger pour 1000 roubles [environ 24 euros], ce qui m’a suffi jusqu’au vendredi suivant. Autour de moi, rien de superflu.
Oui, messieurs les psychiatres, je veux parler de cette expérience. J’ai l’impression que je suis en train de développer une forme intéressante de paranoïa. Et que je ne suis pas le seul. Je commence à avoir peur du superflu, des papiers, des activités, des informations et même des plaisirs qui nous assaillent. Arrivé à un certain stade de l’existence, on comprend que trop de choses inutiles et absurdes se sont amoncelées autour de nous. Et que tout cela devient agressif. On se met donc à en avoir peur.
On a du mal à contenir son irritation quand on se voit offrir des cadeaux inutiles, ou même utiles, et on insiste auprès de ses amis pour qu’ils viennent à vos soirées d’anniversaire les mains vides. Mais ils n’écoutent pas. On réagit mal lorsque notre épouse nous propose d’aller chez Mega [gigantesque centre commercial] acheter une paire de jeans neufs, parce qu’un homme comme il faut se doit d’avoir cinq ou six pantalons différents. On est horrifié devant la quantité de jouets qui a envahi la chambre des enfants. Et on comprend soudain le bonheur que ça doit représenter de remplir un grand sac d’objets divers et d’aller le balancer à la décharge.
Si vous pensez que je suis en train de déplorer à grands cris la puissance destructrice des objets, vous vous trompez. C’est exactement l’inverse. Je suis consterné de voir à quel point ils ont perdu de leur force. Parce que j’aime les objets, je veux qu’ils fassent partie de la famille au lieu de n’être que des partenaires jetables. Pour moi, pas de brève aventure ; je suis animé des intentions les plus sérieuses vis-à-vis des objets.
Personne n’est absolument détaché du monde matériel. Tout objet valable a un côté pragmatique et esthétique, mais aussi sacré. Et c’est précisément cette fétichisation que la publicité exploite. Lorsque nous contemplons la naissance du nouveau modèle d’une marque automobile mondialement connue, notre inconscient se réveille, prêt à succomber à la grandeur de cette création divine, ou du moins à communier avec cette grandeur en la possédant.
Mais le culte des objets, comme tout autre, se désacralise lorsque les dieux deviennent trop nombreux. A quand remonte la dernière fois où vous avez vraiment “arrêté votre choix” sur un objet ? Et nos enfants disent-ils, émus, à leurs copains : “C’est le parapluie de papa, celui qui les abritait, lui et ma maman, au début de leur vie commune” ? Qui se souvient encore de ce qu’est un patrimoine familial ? Nous avons même cessé de considérer les robes de mariées comme des reliques à conserver précieusement. Aujourd’hui, les articles sont tout de suite hors d’usage, et même s’ils peuvent encore servir ils vieillissent mal, passent de mode, lassent leurs propriétaires. Ils entrent chez nous pour en sortir aussitôt, comme des amants furtifs ou des filles d’un soir, sans que nous ayons le temps de nous y attacher, voire simplement de les apprécier. Du coup, nous perdons aussi le sens de la mesure dans la consommation.
C’est ainsi que les objets se multiplient autour de nous, qu’ils s’entassent, nous submergent. Nous cessons de les comprendre, de les maîtriser. Chacun d’eux nous dit quelque chose, mais quand il y en a trop ils font un tel vacarme qu’ils en arrivent à nous empoisonner la vie et à nous désorienter. Nous sommes perdus dans notre espace existentiel. Les objets finissent par devenir des ennemis. Et ce n’est pas seulement un problème de riches. L’aspect financier ne change rien au caractère hostile du superflu.
Pour l’instant, en Russie, la prise de conscience du fardeau que représente le superflu ne touche pas grand monde. Trop de gens n’ont pas encore atteint la satiété, et, s’ils y sont arrivés, ils restent contraints de suivre la règle du jeu générale, encore édictée par ceux qui n’en ont pas eu assez. Mais mon inconscient collectif pressent que bientôt, très bientôt…"

Le week-end dernier, j'ai sué sang et eau pour participer à un vide-grenier. A l'aube, après un réveil pâteux et un chargement de coffre de voiture ressemblant étrangement à la fatalité du casse-tête d'un départ en vacances, je me suis retrouvé sur un terrain de baskett de quartier à étaler d'innombrables objets nous ayant appartenu, à ma femme, à ma fille et à moi-même, sur un carré délimité que nous avions recouvert de vieille couvertures. Puis, toute la journée, j'ai guetté les badeaux dans l'espoir de faire "de bonnes affaires" avec ces objets soudainement dénués de sens que nous souhaitions abandonner, mais en les monnayant. Puis je suis rentré après 10 heures de station debout pénible, harrassé. J'ai regardé chez moi, et j'ai eu la sensation d'un Tonneau de Danaïde inversé. Ou quelque chose dans le genre.
En même temps, il est un fait : j'ai le vide en horreur, et je suis très mal à l'aise dans les appartements à l'ergonomie minimaliste.
Je me dis que ce n'est peut-être pas la quantité qui tue le sacré, mais la qualité : au milieu du fouillis grotesque des objets que nous amoncellons, certains tranchent comme des idôles dans un champ : le chapeau en feutre gris de ma grand-mère, à la bordure tricotée si laide; le briquet à pierre de mon grand-père en forme de pistolet de pirate qui trône sur son présentoir en faux bois, et qui ne marche plus; l'almanach de Spirou de l'enfance de mon père; le couteau trappu très tranchant de style japonais offert par mon frère; oui, la liste est longue de ces objets emplis du sacre de ma petite vie humaine, prises ridicules sur un mur d'escalade s'élevant vers un ailleurs en forme de néant, qui prennent sagement la poussière à côté d'autres artefacts tout aussi stériles et tout aussi laids, mais dépouvus de dévotion. Et pourtant, pour éviter que l'objet sacré ne s'enferme dans son propre culte, n'est-il pas finalement plus sage d'en estourbir la portée à coups de trompe-l'oeil et d'autres pièges à intérêt superficiels ? Car l'amoncellement devient alors légèreté, connivence, là où l'objet sacré, isolé, unique, flamboyant, pèse du poids terrible de sa valeur dans le vide que l'on crée autour de lui, jusqu'à nous réduire à son silence grave.

vendredi 22 octobre 2010

Le Trône de Dieu (final cut)

Chapter One : Nick & LeeNick Cave est membre d'une société semi-secrète fondée par le réalisateur Jim Jarmusch : au grand dam du véritable et légitime héritier, « The Sons of Lee Marvin » réunit des célébrités dont les traits du visage « pourraient laisser croire » qu'ils sont les fils de Lee Marvin ; elle compte, par exemple, Tom Waits, John Lurie et même Iggy Pop et Neil Young, tandis que John Boorman en est membre honorifique.
Lee Marvin ?
Au départ plombier, il se découvre une vocation lorsqu’un producteur lui demande de lâcher sa tuyauterie pour remplacer au pied levé un comédien tombé malade tandis qu’il est accroupi sous les chiottes d’un théâtre. Après de nombreux seconds rôles et quelques personnages hauts en couleur (comme le motard de L'Équipée sauvage), il devient une figure du film noir ; monstrueusement révélé par Fritz Lang dans Règlement de comptes, il enchaîne d'autres grands films criminels comme le formidable Les Inconnus dans la ville ou Un homme est passé de John Sturges.
John Ford lui offre la consécration avec L'Homme qui tua Liberty Valance, et il devient une star mondiale grâce aux Douze Salopards de Robert Aldrich, en 1966.
Vedette, il tournera deux futurs classiques avec John Boorman : Le Point de non-retour en 67 et Duel dans le Pacifique (1968) ; il deviendra un intime de Boorman au point que 13 ans après sa disparition, le réalisateur lui consacrera un documentaire très émouvant.
Pour l’anecdote, Lee Marvin interprétait lui-même les chansons dans ses films (cf La Kermesse de l'ouest de Joshua Logan en 1969)
La devise des « Sons of Lee Marvin » ? "If you look like you could be a son of Lee Marvin, then you are instantly thought of by the Sons of Lee Marvin to be a Son of Lee Marvin".


Chapter Two : Nick and « kino »On découvre la passion de Nick Cave pour le cinéma dès 1988 avec un rôle dans un film australien indépendant dont il a co-écrit le scénario, Ghosts of the Civil Dead, réalisé par John Hillcoat (grand clipeur vidéo devant l’éternel, à qui l’on doit hélas plus récemment le nullissime « La Route » adapté de Mac Carthy). Il rempile dans Johnny Suede en 1991, aux côtés d’un certain... Brad Pitt. Très attiré par le cinéma, Nick écrit en 2004 le scénario du néo-western The Proposition : poétique et violent, le film est à nouveau réalisé par John Hillcoat, la B.O. atmosphérique étant logiquement signée à 4 mains avec Warren Ellis. Les deux larrons remettent ça en 2007 pour L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (tiens, revoilà Brad).
Nick Cave et John Hillcoat projettent de réaliser un troisième film, une comédie située en Grande-Bretagne, dont le titre provisoire est Death of a Ladies Man (cf Leonard Cohen).

Chapter Three : Nick, words & the ChristLe second roman de Nick Cave, The Lonesome Death Of Bunny Monroe, est sorti en même temps qu'une nouvelle BO composée pour l'occasion ; Nick Cave livre des extraits des Pensées de Blaise Pascal sur le All the Pretty Little Horses du très mystique all-star band « Current 93 » (hum hum… rappel ? l'homme, dans son amas de concupiscence, ne peut trouver la paix intérieure et le véritable bonheur qu'en acceptant que Dieu lui vienne en aide par le biais de la grâce. C'est le pari de Pascal : gager la vie misérable que mène l'homme, certaine mais finie, et parier sur Dieu, incertain, mais infini. Tenté ?) ; Nick Cave a aussi écrit une introduction à l'Évangile selon Marc (une des trois synoptiques, et la plus ancienne de toutes) paru dans la collection Pocket Canon Bible Series.

Chapter Four : Nick & MickDepuis que Blixa Bargeld est retourné au Neubauten en 2003, Mick demeure le seul membre de la composition originelle des Bad Seeds.

Chapter Five(the last) : Nick, his old good piano and the young bitchy guitarFin 2006, Jim Sclavunos, Warren Ellis et Martin Casey amènent Nick a endosser… la guitare. Résultat ? Grinderman, qui est plus ou moins à Nick Cave ce que Tin Machine fût à David Bowie... Heureusement, Nick Cave & The Bad Seeds signent un retour fracassant avec un album s'inspirant librement de la résurrection de… Lazare, l’enterré vivant biblique dont le nom signifie en hébreu : « Dieu a secouru… »

Nick Cave ? The face of Jesus in my soup.

Retraite Urbaine

C’est une ville de siècles indifférents
C’est une ville de pauvreté goguenarde
C’est une ville de mer à ruelles et à grandes allées
C’est une ville à promontoires de plages étouffées
C’est une ville d’aspérités et de pierres salies
C’est une ville nu-pieds pleine de vents
C’est une ville de fumées inertes
C’est une ville de côtoiements suspects et de bruits lointains
Une ville de sirènes et de vitesse
De palmiers murés et de viandes laides
De canicule et de lumières
C’est une ville en pente
C’est une ville de métal incandescent
Une ville d’estaminet
C’est une ville de filles fardées et d’hommes-serpe
C’est une ville de nuit et d’après-midi
C’est une ville de nuage et de poissons
De poivrons et de crachats
D’asphyxie et de libertés illicites
C’est une ville de fratries et de méfiance
C’est une ville d’herbes brûlées et de bateaux à quai
C’est une ville sous ordures