vendredi 15 février 2013

Ta mère !

Hier soir dans la nuit j'ai regardé un reportage réalisé par Arielle Dombasle pour Arte. Comme nous l'avons tous fait avec de micro-caméras, des amis et des questions qui, en elles-mêmes, ne revêtaient pas grande importance, nous les avons interviewé tour à tour, puis, pour donner de la matière et du coffre au tout, nous avons élargi l'expérience à toutes nos connaissances et le tour était joué : les réponses prenaient la place du sujet, la question s'effaçait, et, nous l'espérions, les réactions des humains que nous affectionions à cet instant là de notre vie révélaient quelque chose de troublant.
Sauf que nous ne sommes pas Arielle Dombasle, et que donc, ces expériences socio-anthropologiques confinées sont restées sur des mini-cassettes vhs dans nos tiroirs de commode.
Mais voilà, arielle, c'est Arielle.
Comme nous, elle filme comme un pied. C'est flou, c'est tordu, le son est pourri, les enchaînements hasardeux, l'image est verte ou marron, bref, c'est esthétiquement ignoble. Mais ça passe à la télé. Le résultat est bien le même : à la place de notre pote de comptoir c'est plutôt Lenny Kravitz ou Pierre & Gilles qui s'y collent, mais l'intérêt est le même : à question à prioiri inutile ou embarassante, qui fera preuve de sel, d'imagination, de poésie, de surprise, de révélation, de tristesse, d'émotion, de bêtise ? Qui nous renverra à nous-même, qui nous hérissera, qui nous séduira, qui nous émoeuvra ?
Mais voilà que la question d'Arielle elle-même vient prendre toute son importance quand, soudain saisi de stupeur, je me surprends à y répondre du tac-au-tac, sans même réfléchir une seule seconde, et que ce que je viens de répondre à voix haute, comme ça, me cloue le bec. A la question "Quel a été votre premier désir", j'ai répondu sans coup férir : "- ma mère".
Je frissonne, je me glace, je me conchie, je me terrorise, je me justifie avec rien, je cherche autre chose en vain, puis en soufflant je réalise que c'est là une réponse d'une étonnante banalité, même pour plein de stars. Et je me dis alors que chaque fois que je l'oublie, le hasard me rappelle pourquoi j'aime l'homme de cette façon si bizarre.

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