Sur scène, une des meilleures formations de Bowie initialement réunie pour l'enregistrement de Earthling, album (encore !) terriblement précurseur dans son exploration hybride des patterns jungle et drum'n bass déferlant sur l'Angleterre de la fin des 90's, autoproduit très rapidement; au micro, deux des plus grandes icônes de la scène pop anglaises réunies pour les 50 ans du Thin White Duke.
Bowie allume des clopes pendant que Smith sourit en face de Reeves Gabrels en plaquant d'énormes riffs de rock, l'incroyable Zacharie Alford tout juste emprunté à Springsteen relève haut la main le défi de la cohabitation acoustique/électronique à la batterie, le légendaire Mark Plati est aux arrangements, la sublime Gail Ann Dorsey aux claviers (une fois n'est pas coutume), et nous voilà face à un moment de musique totalement jouissif.
vendredi 14 octobre 2011
jeudi 13 octobre 2011
Ash nazg thrakatulûk agh burzum-ishi krimpatul. (15/20)
Voici le quinzième poème de cette série de 20.
Il s’agit de l’un des 449 dizains décasyllabiques de « Délie, objet de la plus haute vertu », œuvre secrète et sophistiquée du poète lyonnais Maurice Scève écrite en 1544, entièrement dédiée à Pernette du Guillet, jeunesse poétesse de 16 ans dont il est tombé follement amoureux, et qui mourra dix ans après leur rencontre. Tout au long de ce travail monumental se confrontent thèses et antithèses qui n’ont de cesse de développer les rouages d’une aventure intérieure qui dit les contradictions du sentiment amoureux, avant de se clôturer sur ce vers en capitales : « SOUFFRIR NON SOUFFRIR ».
Voici le sublime dizain intitulé/numéroté CCCXLVII (soit le 347ème, si mes souvenirs de numérotation romaine sont exacts…), qui traite de la symbolique de l’alliance.
Heureux joyau, tu as autrefois ceint
Le doigt sacré par si gente manière,
Que cette main, de qui le pouvoir saint
Ma liberté me détient prisonnière,
Se feignant ore être large aumonière,
Te donne à moi, mais pour plus sien me rendre.
Car, comme puis en te tournant comprendre,
Ta rondeur n’a aucun commencement,
Ni fin aussi, qui me donne à entendre,
Que captif suis sans élargissement.
Il s’agit de l’un des 449 dizains décasyllabiques de « Délie, objet de la plus haute vertu », œuvre secrète et sophistiquée du poète lyonnais Maurice Scève écrite en 1544, entièrement dédiée à Pernette du Guillet, jeunesse poétesse de 16 ans dont il est tombé follement amoureux, et qui mourra dix ans après leur rencontre. Tout au long de ce travail monumental se confrontent thèses et antithèses qui n’ont de cesse de développer les rouages d’une aventure intérieure qui dit les contradictions du sentiment amoureux, avant de se clôturer sur ce vers en capitales : « SOUFFRIR NON SOUFFRIR ».
Voici le sublime dizain intitulé/numéroté CCCXLVII (soit le 347ème, si mes souvenirs de numérotation romaine sont exacts…), qui traite de la symbolique de l’alliance.
Heureux joyau, tu as autrefois ceint
Le doigt sacré par si gente manière,
Que cette main, de qui le pouvoir saint
Ma liberté me détient prisonnière,
Se feignant ore être large aumonière,
Te donne à moi, mais pour plus sien me rendre.
Car, comme puis en te tournant comprendre,
Ta rondeur n’a aucun commencement,
Ni fin aussi, qui me donne à entendre,
Que captif suis sans élargissement.
lundi 10 octobre 2011
Au bout de quatorze ans de mariage, on fête des noces de plomb. Pas très encourageant. (14/20)
Voici le quatorzième poème de cette série de 20. Je l’emprunte à Jules Supervielle né dans les grands espaces d’Amérique du Sud à la fin du XIXème. Je le trouve parfait pour un lundi.
Extrait de « Le chaos et la création »
Maintenant que j’ai mis partout de la lumière
Il me faudra pousser le ciel loin de la terre,
Et pour être bien sûr d’avoir tout mon espace
Je ferai que le vent et les nuages passent
Ainsi que les oiseaux qui viennent et qui vont
Vérifiant les airs, la surface, le fond.
Tout me supplie et veut une forme précise,
Tout a hâte de respirer dans sa franchise
Et voudrait se former dès que je le prévois,
Et ma tête foisonne, et mon être bourdonne
De milliers de silences, tous différents,
Ce sont les voix de ceux qui n’en ont pas encore
Et quémandent un nom pour aller de l’avant.
Chacun son tour, le temps viendra pour tous d’éclore.
Extrait de « Le chaos et la création »
Maintenant que j’ai mis partout de la lumière
Il me faudra pousser le ciel loin de la terre,
Et pour être bien sûr d’avoir tout mon espace
Je ferai que le vent et les nuages passent
Ainsi que les oiseaux qui viennent et qui vont
Vérifiant les airs, la surface, le fond.
Tout me supplie et veut une forme précise,
Tout a hâte de respirer dans sa franchise
Et voudrait se former dès que je le prévois,
Et ma tête foisonne, et mon être bourdonne
De milliers de silences, tous différents,
Ce sont les voix de ceux qui n’en ont pas encore
Et quémandent un nom pour aller de l’avant.
Chacun son tour, le temps viendra pour tous d’éclore.
samedi 8 octobre 2011
Je ne savais pas qu’il existait de très sérieux « nombres premiers sexy ». Treize est l’un d’entre eux, et ce n’est pas une blague. (13/20)
Voici le treizième poème venant marquer cette série de 20.
A ce stade, il est clair qu’occuper/alimenter un blog d’autant de poésie, pendant autant de temps, est une forme de suicide public.
A ce stade, il est clair qu’occuper/alimenter un blog d’autant de poésie, pendant autant de temps, est une forme de suicide public.
Les gens, dans leur grande majorité, ne rechignent pas à un peu de poésie mais en tout état de cause, se détournent bien vite d’un assaut quotidien de versification ou de prose, tout éloignés des éthers par une vie tenue écartée de la mystique par une frénésie rythmique idoine, l’empilement de possessions plastiques et l’accumulation de courbatures psychologiques inavouables. Peu restent enclins à l’exercice tel que j’ai eu l’envie de le soumettre, et loin de rechercher une forme d’élitisme snobinard et prétentieux, j’ai pensé, un temps, partager une passion trop personnelle que je réalise peu compatible d’avec le besoin légitime de tout homme de notre siècle à se détendre et à se divertir par la lecture, ne serait-ce que d’un blog à l’affluence confidentielle.
Mais il serait encore plus cynique de renoncer, même si j’ai déjà acquis la certitude d’avoir, à la suite de cette série, à regagner durement le peu de lecteurs que je m’étais acquis. Après tout, cela n’a pas plus d’importance qu’autre chose qui ait à s’inscrire dans ce combat que nous menons tous pour exister au milieu de nos semblables.
J’aime Hugo un peu de la même façon que Jose Maria de Heredia, d’un amour capricieux. Tantôt cette idolâtrie de la langue et de sa puissance intrinsèque m’impressionne et m’écrase comme le ferait un défilé militaire, tantôt je la trouve abjecte, surannée et prétentieuse, comme un défilé militaire. Mais force est de constater, parfois, que la beauté émanant de cette science du langage, mise au service d’un sentiment humain véritable – surdimensionné, mais véritable - fait émerger une noblesse qui transporte, émeut, et fait écho au goût de l’infini que la vie nous met en partage universel.
Il serait vain de tenter un résumé de la biographie de ce personnage titanesque qu’est Victor Hugo. Le poème ci-dessous étant tiré des Contemplations, laissons nous juste aller à ces quelques lignes pour en restituer le contexte : Hugo déclare, à propos de ce recueil paraissant en 1856 : « Qu'est-ce que les Contemplations ? - Les mémoires d'une âme ». Apothéose lyrique, marquée par l'exil à Guernesey et la mort de sa fille ; exil affectif, exil politique : Hugo part à la découverte solitaire du moi et de l'univers. Le poète finit même par se faire prophète, voix de l'au-delà, voyant des secrets de la vie après la mort et qui tente de percer les secrets des desseins divins.
Il serait vain de tenter un résumé de la biographie de ce personnage titanesque qu’est Victor Hugo. Le poème ci-dessous étant tiré des Contemplations, laissons nous juste aller à ces quelques lignes pour en restituer le contexte : Hugo déclare, à propos de ce recueil paraissant en 1856 : « Qu'est-ce que les Contemplations ? - Les mémoires d'une âme ». Apothéose lyrique, marquée par l'exil à Guernesey et la mort de sa fille ; exil affectif, exil politique : Hugo part à la découverte solitaire du moi et de l'univers. Le poète finit même par se faire prophète, voix de l'au-delà, voyant des secrets de la vie après la mort et qui tente de percer les secrets des desseins divins.
Aujourd’hui, j’ai envie de célébrer la vie. Et pour ce faire, je ne vois, en dehors d’Eluard, qu’Hugo. Voici « Éclaircie »
L'océan resplendit sous sa vaste nuée.
L'onde, de son combat sans fin exténuée,
S'assoupit, et, laissant l'écueil se reposer,
Fait de toute la rive un immense baiser.
On dirait qu'en tous lieux, en même temps, la vie
Dissout le mal, le deuil, l'hiver, la nuit, l'envie,
Et que le mort couché dit au vivant debout:
Aime! et qu'une âme obscure, épanouie en tout,
Avance doucement sa bouche vers nos lèvres.
L'être, éteignant dans l'ombre et l'extase ses fièvres,
Ouvrant ses flancs, ses reins, ses yeux, ses coeurs épars,
Dans ses pores profonds reçoit de toutes parts
La pénétration de la sève sacrée.
La grande paix d'en haut vient comme une marée.
Le brin d'herbe palpite aux fentes du pavé ;
Et l'âme a chaud. On sent que le nid est couvé.
L'infini semble plein d'un frisson de feuillée.
On croit être à cette heure où la terre éveillée
Entend le bruit que fait l'ouverture du jour,
Le premier pas du vent, du travail, de l'amour,
De l'homme, et le verrou de la porte sonore,
Et le hennissement du blanc cheval aurore.
Le moineau d'un coup d'aile, ainsi qu'un fol esprit,
Vient taquiner le flot monstrueux qui sourit;
L'air joue avec la mouche et l'écume avec l'aigle;
Le grave laboureur fait ses sillons et règle
La page où s'écrira le poème des blés;
Des pêcheurs sont là-bas sous un pampre attablés;
L'horizon semble un rêve éblouissant où nage
L'écaille de la mer, la plume du nuage,
Car l'Océan est hydre et le nuage oiseau.
Une lueur, rayon vague, part du berceau
Qu'une femme balance au seuil d'une chaumière,
Dore les champs, les fleurs, l'onde, et devient lumière
En touchant un tombeau qui dort près du clocher.
Le jour plonge au plus noir du gouffre, et va chercher
L'ombre, et la baise au front sous l'eau sombre et hagarde.
Tout est doux, calme, heureux, apaisé; Dieu regarde.
mercredi 5 octobre 2011
J'ai six ans, je sais que c'est pas vrai, mais j'ai six ans... (12/20)
Voici le douzième poème d'une série de vingt postés pendant (presque à peu près) vingt jours...
Celui a une résonnance toute particulière : il a occupé tout mon mercredi après-midi : il est de Raymond Richard, je ne sais absolument pas qui c'est, et pour cette fois, je m'en fous. Pourquoi ? Parce qu'il est à apprendre par coeur pour demain, classe de CP.
Classe de CP.
Que vive à jamais la poésie orale, parlée, déclamée, comme le pli du front de l'enfant tout attelé à sa tâche mémorielle.
Prêts ?
Il s'intitule : "Le Bel Automne Est Revenu".
A pas menus, menus,
Le bel automne est revenu
Dans le brouillard, sans qu'on s'en doute,
Il est venu par la grand'route
Habillé d'or et de carmin.
Et tout le long de son chemin,
Le vent bondit, les pommes roulent,
Il pleut des noix, les feuilles croulent.
Ne l'avez-vous pas reconnu ?
Le bel automne est revenu.
mardi 4 octobre 2011
Onze est le premier nombre à dépasser la mesure de nos dix doigts... (11/20)
Voici le onzième poème de cette série de 20.
Celui-là sera tout en prose, et emprunté à Georges-Louis Godeau. Le brillant linguiste et sémiologue Georges Mounin dira de ce poète anobli par la rue aux côtés de Prévert ou d’Aragon dans sa capacité à parler du peuple tout en faisant en sorte que le peuple lui-même s’y reconnaisse et s’y apprécie : « Godeau fait tenir en 8 ou 10 lignes ineffables ce que les analystes chevronnés de "L'Express", de "L'Observateur" ou du "Monde" n'atteignent, et pas toujours, qu'en 3 ou 4 colonnes... S'il avait été grand Reporter, il serait mondialement connu... ».
Délectons-nous de « Les gens » :
Ils sont assis sur leur chaise, ils ont des jumelles puissantes pour voir à travers les murs et ils te suivent, ils protestent, ils disent que tu es Satan et que si ils te prennent ils te pendent. Et quand tu reviens, que tu entres en costume clair, ta mèche brune comme un cowboy, un artiste ou un chef d’Etat, ils se serrent, ils se taisent et si tu t’étonnes ils froufroutent, ils s’éloignent.
Ce sont des êtres inoffensifs qu’il convient sans plus de tenir en respect et même parfois, si le cœur t’en dit, quand la vie devient généreuse, tu sais bien, mon frère, les soirs de fête, d’aimer malgré eux, le temps de les surprendre.
Ce sont des êtres inoffensifs qu’il convient sans plus de tenir en respect et même parfois, si le cœur t’en dit, quand la vie devient généreuse, tu sais bien, mon frère, les soirs de fête, d’aimer malgré eux, le temps de les surprendre.
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