A la fin des années 80, le lo-fi attaquait l’industrie
discographique par le flanc en enfonçant avec une seule idée les rangs d’une course
technologique compacte marchant bravement, au son des dollars, vers les
lendemains qui chantent de notre époque : la qualité douteuse de l’enregistrement
contribue davantage à l’impact artistique de l’œuvre.
jeudi 16 novembre 2017
lundi 13 novembre 2017
Autumn leave(s)
Hommage naturaliste au petit épagneul miraud et à moitié
sourd des deux oreilles que j'ai extrait voilà deux mois d’une cage souillée de merde dans
laquelle il a été fourgué cet été : nouvelle loi d’adoption oblige, il lui
a fallu, pour avoir le droit à une vie meilleure chez nous, laisser ses bogues
aux vestiaires.
Putain il est dur, le parcours du chien de chasse nul à la
chasse.
Allez bienvenue Filou, petit couillon déchaîné débarrassé de tes
couilles, incapable de voir ce chat de gouttière planqué deux mètres devant toi, mais qui
marque quand même si consciencieusement l’arrêt, le trognon de queue raide
comme la justice.
Nous, à la chasse, on est nuls aussi : on tirerait pas
une bartavelle à huit mètres… Alors tiens, on fera la chasse à rien, juste au
bonheur de se geler les miennes, de couilles, pour le plaisir de te voir sourire
la langue pendante après 40mn de course effrénée dans la colline de dessous la
bonne Mère…
(ou dans celle de la Citadelle de Forcalquier, où l’on trouve sur le
sol d’épines de si belles bogues hérissées de piquants abritant leurs deux jolis
marrons.)
« Dans un pays sans chien, on ferait aboyer le
chat » (proverbe norvégien)
jeudi 9 novembre 2017
Doug
Douglas Mac Arthur, général américain à la gueule d'acteur hollywoodien, a fait des choses dégueulasses et d'autres plutôt classieuses durant son interminable carrière militaire au long de laquelle il s'en est mangées, des guerres : révolution mexicaine, première guerre mondiale, Philippines, deuxième guerre mondiale, puis guerre de Corée. Bardé de médailles à chaque fois, à croire qu'en matière de pan-pan-pan, de bim-bim-bim et de viens-là-que-je-te-foute-un-pruneau-dans-le-buffet, il avait des capacités (de merde) qui l'ont d'ailleurs finalement conduit à diriger l'armée américaine toute entière, c'est dire si ça devait quand même être une belle sorte d'enflure. Je ne verse cependant pas assez ni en politique ni en militaireries pour me fendre d'une opinion à son sujet: ce qui m'intéresse, ce sont les quelques fulgurances qu'eut ce vieux décoré fumeur de pipe, tant, pour un bidasse, il sut
mercredi 18 octobre 2017
L'échelle de Jacob
A quelques rares exceptions près,
la plupart d’entre nous avaient arrêté de travailler comme des bêtes de somme.
Oh bien sûr on voyait encore rôder en ville de sacrées quantités d’ordures
juchés sur ces scooters surpuissants en pantalons ajustés, comme à l’époque les
roitelets sur leur palefroi (il est d’ailleurs intéressant d’observer ce « retour
sur symbole » chez ce chanteur en vogue ayant décidé d’incruster dans son
clip un plan le représentant sur le dos d’un grand étalon blanc sous le néon
d’un parking souterrain, chaussé - comble du dandysme - de baskets à semelles
lumineuses), aussi sûrs d’eux-mêmes que la suffisance pouvait le permettre. Des
filles faisant claquer des escarpins bien trop couture pour leur permettre de
marcher autrement qu’en imitant un de ces échassiers hantant les allées de
parcs animaliers, un sac griffé aux allures d’outre en peau pendu au coude. Des
quinquas ventripotents en chemise saumon, cheveux mi-longs et bas de jeans retournés,
fumant négligemment debout devant des vitrines d’agences ; des femmes aux décolorations
clonées de présentatrice TV garant en double file soit des SUV king size, soit
des Fiat 500 Nouvelle Génération, devant des pâtisseries de luxe ou des enseignes
de surgelés gastronomiques ; ces à-peine adultes aussi, cintrés dans des complets
Zara grisâtres, les cheveux gominés, bardés de tablettes, de smartphones et
d’oreillettes, zigzaguant entre les files au volant de ces épouvantables Smart.
Des qui s’en foutaient pas mal que le monde s’écroule. Des tarés obnubilés incapables
de lever le nez vers un nuage ou d’envisager dix jours de vacances ailleurs que
sur une île post-coloniale hérissée de murs terracotta séparant leur plage privée
de décharges à ciel ouvert ou de bidonvilles moyenâgeux. D’autres n’avaient
tout simplement pas compris que tout avait commencé à se fissurer, et
continuaient de marcher tête baissée vers le royaume des ombres entre deux
consultations de compte bancaire sur internet. Mais globalement, de plus en
plus d’entre nous laissaient tomber. Chaque jour, un nouveau décidait d’en
finir, un soir, une fois débarrassé de ses godasses. Face à l’armée
soigneusement rangée des supplices quotidiens, quand il ou elle pensait rentrer
chez soi et pouvoir enfin se détendre : dans l’ordre, une maison un peu
trop poussiéreuse, un lave-vaisselle à ranger à l’intérieur duquel au moins une
assiette ou un bol allait déverser une flaque d’eau de rinçage sur ses
chaussettes ou sur le carrelage qu’il faudrait éponger, un amas de linge sale
dans la salle de bain ou une boule de draps froissés dans le tambour d’un
sèche-linge, cette horripilante absence d’idée sur quoi faire à manger aboutissant
à la nécessité de devoir repartir jusqu’à une supérette jonchée de produits
infects allant invariablement faire se sentir coupable au moment de les
réchauffer puis
mercredi 20 mai 2015
Le lai de l'alliée
Ma bite a la même couleur que mes doigts
C’est déroutant
Sortie de son étui dans la grâce d’un chat
Couleur coquelicot
Humant l’atmosphère
Son évent solitaire évasé vers les terres
Cherche
Le mystérieux chemin de la mer
Comme un roseau
Intelligent
Ma bite a la même couleur que mes doigts
C’est déroutant
Rentrée dans sa coquille en chair de testicule
Couleur frigo
Refusant les enfers
Du froid mordant de l’océan polaire
Resserre
Un col fragile en peau d’éphémère
Dans un étau
Attendrissant
Ma bite a la même couleur que mes doigts
C’est déroutant
Pendue à mes organes, dodelinant
Complice
Gonflant les joues
L’embout capricieux dirigé loin des vents
Explore
L’alentour étonnant de placards silencieux
Quand je pisse
Tintinnabulant
Ma bite a la même couleur que mes doigts
C’est déroutant
lundi 11 mai 2015
Baume au coeur...
"Ce qui la caractérise cette montagne,
c'est l'impression qui s'en dégage lorsque l'on se retrouve au cœur de la forêt
sacrée qui s'étend à ses pieds : depuis la nuit des temps, ces bois ont connu
les vénérations de nombreux peuples, depuis le néolithique jusqu'à notre ère.
6000 ans en arrière, la montagne
toute entière, parce que très souvent frappée par la foudre et les éclairs était
considérée comme un lien mystique entre la terre et le ciel. La présence d’Homo
Erectus y est en fait déjà avérée depuis au moins 130 000 ans :
son alignement est-ouest, correspondant à la course du soleil, la rend alors
particulièrement précieuse pour le calcul des calendriers."
"Quant à la grotte, les peuples indo-européens
la nommaient « la Porte du Nord », celle séparant notre monde de
celui des âmes éternelles. La plaine en contrebas, très occupée depuis l’âge du
Bronze final (du IIIème jusqu’au Ier s.
av. J.-C), a fini par abriter de nombreux habitats groupés et fortifiés, datés de
l’âge du Fer. Mais le Néandertal lui-même, grand chasseur, parcourait déjà les
cavernes au cours des périodes glaciaires."
« Il y avait un bois sacré, qui depuis un âge très reculé n’avait jamais
été profané : il entourait de ses rameaux entrelacés un air ténébreux et
des ombres glacées, impénétrables au soleil… Déjà la renommée rapportait que
des tremblements de terre faisaient mugir le fond des cavernes, que les bois,
sans brûler, brillaient de la lueur des incendies, et que des dragons, enlaçant
les troncs, rampaient çà et là ». Lucain, auteur latin du Ier siècle, La
Pharsphate Livre II, vers 394 à 418.
"Cette forêt est petite : elle
n’a que 138 hectares. Mais sa renommée est grande. « Forêt vierge », « forêt relique », « forêt
climax », « forêt primaire » : peu importe le qualificatif. La toute puissance de ses héritages mystiques prend inévitablement à la gorge."
Incursion du 02 mai 2015 :
"... et avec ton Appui, la Force.
Et avec la Force, la Compréhension.
Avec la Compréhension, le Savoir.
Avec le Savoir, de savoir ce qui est juste.
Sachant ce qui est juste, de l'aimer."
mercredi 25 mars 2015
Je meurs donc tu prends
Réagir à chaud est toujours dangereux. Mais je
n’arrive pas à m’astreindre à la réflexion à la lecture de cette information du
jour dans Le Parisien : "Don d'organes : l'Assemblée s'apprête à faciliter les prélèvements"...
Peut-on raisonnablement continuer à parler de
« don » si le corps médical est autorisé à prélever nos organes sans
que plus aucun membre de la famille n’ait son mot à dire, du seul fait que le
défunt n’ait pas pris la peine de « s’inscrire sur un registre de
refus » de son vivant ? Préciser par écrit son désir de disposer de son corps ; affirmer
par une démarche administrative son droit à disposer de sa propre dépouille. La
pénurie d’organe et l’affreuse détresse (bien réelle) de certains vivants
suffit-elle à interroger un « usage courant » des morts ?
Mettre en opposition ces centaines de familles et de patients
suspendus à la disponibilité d’un organe avec d’autres centaines de
familles venant de perdre un proche et « pressés » de faire don pour sauver
les premiers… voilà les éléments d’une tragédie grecque quotidienne.
Nous traversons de nouvelles périodes
d’obscurantisme : le religieux ressurgit sous sa forme la plus vile et la
plus détestable, réinterrogeant nos sociétés désemparées : nous qui ne
réfléchissions plus, qui n’aspirions plus à d’autre ailleurs que le présent,
nous voilà empêtrés. Avec nos vieilles consciences et nos pensées rouillées, nos
cerveaux en panne sont soumis à l’écho-boomerang d’une culture occidentale de
l’individualisme forcené, du culte du vivant et de la technologie, qui oppose sa
propre obstination « progressiste » aux fondamentalismes.
Ai-je donc tort d’être choqué ? Ai-je tort de vouloir préserver de la
religion ce qu’elle a toujours véhiculé de beau, de troublant et de
nécessaire : le mystère, la mystique, la poésie de l’au-delà ? Quid
de notre essence fondatrice, celle qui a, il y a des millions d’années,
transformé de grands singes en hommes : l’angoisse de la mort ? Enterrer
les morts, leur organiser des funérailles, respecter leur intégrité, leur
donner cette chance hypothétique et formidablement désespérée d’atteindre un
ailleurs dans un corps respecté, sacralisé, mû par une âme, n’est-ce pas ce qui
nous a, avec le rire, distingué des bêtes?
Nos sociétés peinent à accepter le principe de l’euthanasie ;
la vie est un temple trop moderne pour oser prétendre à décider d’en faire
usage à son gré ; le suicide, quand il est possible, est un tabou ; le
souhait de mourir, une hérésie telle que dès lors que le suppliant n’est pas
lui-même en état de s’auto-exécuter, on le lui refuse. Dans beaucoup d’états, l’avortement
et ce qu’il dit de nos sociétés sur la vie est remis en cause, ou nié. Les
rapports entre la vie et la mort sont de plus en plus sensibles à mesure que l’on
découvre de nouvelles capacités d’influer sur l’une, ou sur l’autre. Et dans ce
rapport de force supplantant le Dieu, la mort est la grande perdante : plus
que jamais, elle est expurgée de nos existences occidentales. La plupart d’entre
nous mourront à l’hôpital, en secret, en silence, derrière des portes aux
odeurs âcres, entourés d’une caste moderne ayant troqué les vêtements du sacerdoce
contre des blouses pastel à usage unique. Celles-ci vont-elles, désormais, se
dépêcher de héler les plus doctes des serviteurs du Culte du Vivant pour nous
dépecer et transporter nos chairs en direction d’autres couloirs au bout
desquels d’autres condamnés secrets espèrent, tandis que nous serons hâtivement
recousus ?
Devient-il impossible, au regard de cette néo-dictature
du vivant réfractaire à sa disparition, de se laisser pourrir tout entier, en
un seul morceau, quand tant de désespérés convoitent nos saines entrailles pour
gagner leur répit ? Doit-on en venir à se dénoncer auprès d’une instance
comme si imbu de soi-même, si égoïste, si narcissique, si cruel que l’on désire
–ô, orgueil suprême !- reposer entier, avec tous ses organes ? Doit-on
accepter, en cas de carence administrative, en cas de non-inscription au
Registre des Salauds, que la plus élémentaire logique, la plus saine compassion
entraîne l’ardent consensus autour de notre « dépeçage citoyen » ?
La curieuse déification de la laïcité que l’on nous sert à outrance
face au nihilisme brutal de la théocratie doit-elle en arriver à nier, vilipender,
dénoncer, abaisser cette poésie de l’espoir, ce besoin de magie, cette soif
d’imaginaire au point que le mort ne saurait plus être, définitivement, qu’une mise
à disposition collective d’un corps-véhicule ? Le corps-objet vivant, siliconé,
prothèsé, transformé, modifié, tatoué, surveillé, assuré, doit-il finir en
corps-objet banque d’organes, supermarché d’espoirs extérieurs, self-service à
vivants ?
Doit-on donc se familiariser avec l’idée que nos dépouilles ne soient plus
rendues à la terre, mais distribuées aux hommes ? Ne sont-ce les bêtes qui
se partagent les dépouilles des leurs ? Doit-on se faire à l’idée que nos
morts ne soient plus confiés aux cieux, aux cosmos, aux rêves et aux légendes, mais
aux chirurgiens, aux caisses stériles, à destination de corps-véhicules encore
animés ? Non plus aux ancêtres et aïeux, mais à la dissection et au
recyclage ?
Voilà que l’éternité du XXIème siècle mute : collective,
interchangeable et industrialisée, elle remplace l’éternité du céleste, l’intégrité
du corps inanimé s’éteignant au profit de l’individualisme de l’organisme vivant,
dont la fin – vivre, toujours plus, toujours plus longtemps, toujours mieux-
justifie le moyen.
« Eparpillés façon puzzle », comme dirait Audiard :
voilà notre nouvelle éternité.
Réincarnés en cœurs, poumons, foies, reins, yeux,
survivant au service d’autres âmes que la nôtre.
Quand cela sera rendu possible, devra-t-on signer des registres pour
spécifier vouloir garder notre âme après notre mort, dès lors que tant d’âmes
abîmées, blessées ou traumatisées, enfermées dans des corps bien vivants, auront
besoin d’être réparées pour garder espoir en la vie ?
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