vendredi 21 octobre 2011

Le corniaud, c'est l'plus beau. (18/20)

Ca, c'est le 18ème. Et puis voilà.

Joli, joli, joli mois de mai,celle que j'aimaism'abandonnne.Elle est partie pour longtemps,chercher ailleurs son printemps.Joli, joli, joli mois de mai,je n'ai désormaisplus personne.Il faut que tu me pardonnes,si je n'ai pas le coeur gai.A la ville on criait,ach'tez du muguet,ça porte bonheur.J'en ai pris un bouquetmais ça n'a rien fait,c'est tous des farceurs.Joli, joli, joli mois de mai,avec mon bouquet j'ai l'air dôle.Y a même des gens qui rigolentJoli, joli mois de mai.Joli, joli, joli mois de mai,même si ça me faitquelque chose,il faut que je soie content,c'est la fête du printemps.Joli, joli, joli mois de mai,c'est ton premier jour,ça s'arrose.Je veux voir la vie en rose,joli, joli mois de mai.Arrosons le muguet,je veux être gaiet vaille que vaille.J'ai l'droit d'être pompette,si c'est pas ma fête,c'est celle du travail.Joli, joli, joli mois de mai,ô toi qui connaittant de chose,toi qui fait naître les roses,fais qu'elle revienne vers moijoli, joli, joli moisjoli, joli, mois de mai,joli, joli, joli mai.Une de perdue, dix de retrouvéesheureusement que vient l'étéavec ses plages ensoleilléeset toutes ces formes dénudéesDouces courbures, belles cambrures,la femme en joue sans un' rature.


(bon et là si tu ouvres pas le lien en dessous ça veut pas dire grand'chose, tout ça.)
http://www.ina.fr/divertissement/humour/video/I05181523/bourvil-joli-mois-de-mai.fr.html

mercredi 19 octobre 2011

"Imite le moins possible les hommes dans leur énigmatique maladie de faire des nœuds." (17/20)

Nous voilà au dix-septième poème de cette série de 20.


René Char ? Un colosse impulsif d’1m92, ami d’Eluard, d’Aragon et d'André Breton avec lequel il aime faire le coup de poing (lors du saccage ayant suivi l'inauguration du bar "Maldoror" en 1930, Char recevra un vilain coup de couteau à l'aine), surréaliste passionné, collaborateur de Dali et de Bunuel, il devient le « Capitaine Alexandre » durant la guerre en prenant le commandement de grandes actions de résistance, puis s’éloigne très rapidement des mouvements résistants d’après-guerre tout en nouant une amitié indéfectible avec Albert Camus. Après avoir donné naissance, avec Christian Zervos, au Festival d’Avignon en 1947, il accouche encore de nombreux recueils avant de finir sa vie de façon résolument solitaire.
Allégeance est issu de son dernier recueil, édité l’année de sa mort (1988) à 81 ans.

Dans les rues de la ville il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?
Il cherche son pareil dans le voeu des regards.
L'espace qu'il parcourt est ma fidélité.
Il dessine l'espoir et léger l'éconduit.
Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.
A son insu, ma solitude est son trésor.
Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.
Dans les rues de la ville il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

mardi 18 octobre 2011

Rentrée littéraire

"Un soir de 1985, j'ai trouvé Alain Pacadis adossé aux colonnes de la cité Bergère, en larmes. Il pleurait tout seul car il venait de se voir refuser l'entrée du Palace. Son perfecto couvert de badges fluo puait le vomi. Il avait probablement déjà chié dans son froc. Il reniflait avec son gros pif plein de morve un caillou de speed ramassé par terre. Lui qui aujourd'hui incarne ce que François Buot (dans un essai consacré en grande partie à lui) baptisa l'Esprit des seventies, s'était fait jeter comme un clodo par le service d'ordre du Palace. Fabrice Emaer était mort, des jeunes gens pas chic avaient récupéré l'endroit, et Paca n'était plus le bienvenu. Edenté, il titubait devant l'entrée, réclamant des verres gratuits alors qu'il risquait à tout moment de sombrer dans le coma. Je n'étais à l'époque pas assez connu pour le faire pénétrer dans cette discothèque dont il incarne aujourd'hui la splendeur. Tu parles! Splendeur, mon cul !, eût dit la Zazie de Queneau. C'est à coups de pompes qu'on virait la loque humaine! Il y a une telle distorsion entre les légendes et la réalité. Scott Fitzgerald à la fin de sa vie: les jeunes le croyaient mort. Kerouac, Blondin, Bukowski, Thompson: parodies d'eux-mêmes. La meilleure chose à faire avec ces génies cabossés, c'est de les lire. Parce que les côtoyer n'était pas un cadeau. Ils se laissaient écraser par leur personnage, se croyaient sans cesse obligés de parader pour rester à la hauteur de la légende. Leur existence devenait un fardeau; c'est tout de même con d'être assassiné par un masque. Je me suis contenté de raccompagner Alain Pacadis en taxi."


Extrait de "Premier bilan après l'apocalypse" de Frédéric Beigbeder.

L’Autoroute A16 part de l’Isle-Adam pour rejoindre Bray-Dunes. (16/20)

Seizième poème de cette série de 20.
William Wordsworth est LE poète anglais de référence, né en 1770 frère de la poétesse Dorothy Wordsworth. Après un bref séjour en France en 1790 en plein cœur de la Révolution durant laquelle il soutient les Républicains et fait un enfant, il retournera seul en Angleterre, ruiné et exilé de sa femme et de sa fille après avoir finalement été accusé d’être un Girondin.
Il y rencontre Samuel Coleridge en 1795 dont il devient l’ami, et avec lequel il publie « Lyrical Ballads », œuvre d'importance capitale pour le mouvement romantique en Grande-Bretagne. En 1802, Wordsworth retournera en France avec sa sœur Dorothy pour revoir son ex-femme et sa fille ; pour autant, lorsque Napoléon sera sacré Empereur deux ans plus tard, ses derniers rêves de libéralisme s’écrouleront. Il passera le reste de sa vie à Ambleside, au milieu de moutons et de chèvres.


Les vers de ce poème, « Splendour Of Grass », sont tirés du recueil « Ode: Intimations of Immortality (1803-1806) ».


Ils ont pour particularité de constituer la scène finale du film du même nom d’Elia Kazan réalisé en 1961, qui se clôture sur le visage somptueux de Natalie Wood dont la voix les récite en « off » après qu’il lui ait été demandé : « Hey Honey ? Do you think he still loves you? » et qu’elle ne réponde rien… (cf video, à 7 :10).


(Ils posent aussi, comme partout en poésie, le terrible problème de la traduction, dont je m’amuse un peu ci-dessous… )

Though nothing can bring back the hour
Of splendour in the grass, of glory in the flower;
We will grieve not, rather find Strength in what remains behind...






Traduction de Emile Legouis, 1928 :
« Et s’il doit manquer désormais
Une gloire à la fleur, une splendeur à l’herbe !
Je veux sans m’affliger, jouir
Des dons que je possède encore »

Traduction de Wikipedia (source non mentionnée) :
« Bien que rien ne puisse ramener le temps
De l'éclat de l'herbe, de la splendeur des fleurs;
Nous ne nous lamenterons pas, mais puiserons des forces dans ce qui en subsiste. »

Traduction par le biais du site Reverso :
« Quoique rien ne puisse rendre l'heure
De splendeur dans l'herbe, de gloire dans la fleur;
Nous peinerons pas, trouverons plutôt la Force dans quels restes derrière. »

vendredi 14 octobre 2011

Why can't i be you

Sur scène, une des meilleures formations de Bowie initialement réunie pour l'enregistrement de Earthling, album (encore !) terriblement précurseur dans son exploration hybride des patterns jungle et drum'n bass déferlant sur l'Angleterre de la fin des 90's, autoproduit très rapidement; au micro, deux des plus grandes icônes de la scène pop anglaises réunies pour les 50 ans du Thin White Duke.
Bowie allume des clopes pendant que Smith sourit en face de Reeves Gabrels en plaquant d'énormes riffs de rock, l'incroyable Zacharie Alford tout juste emprunté à Springsteen relève haut la main le défi de la cohabitation acoustique/électronique à la batterie, le légendaire Mark Plati est aux arrangements, la sublime Gail Ann Dorsey aux claviers (une fois n'est pas coutume), et nous voilà face à un moment de musique totalement jouissif.

jeudi 13 octobre 2011

Ash nazg thrakatulûk agh burzum-ishi krimpatul. (15/20)

Voici le quinzième poème de cette série de 20.
Il s’agit de l’un des 449 dizains décasyllabiques de « Délie, objet de la plus haute vertu », œuvre secrète et sophistiquée du poète lyonnais Maurice Scève écrite en 1544, entièrement dédiée à Pernette du Guillet, jeunesse poétesse de 16 ans dont il est tombé follement amoureux, et qui mourra dix ans après leur rencontre. Tout au long de ce travail monumental se confrontent thèses et antithèses qui n’ont de cesse de développer les rouages d’une aventure intérieure qui dit les contradictions du sentiment amoureux, avant de se clôturer sur ce vers en capitales : « SOUFFRIR NON SOUFFRIR ».
Voici le sublime dizain intitulé/numéroté CCCXLVII (soit le 347ème, si mes souvenirs de numérotation romaine sont exacts…), qui traite de la symbolique de l’alliance.

Heureux joyau, tu as autrefois ceint
Le doigt sacré par si gente manière,
Que cette main, de qui le pouvoir saint
Ma liberté me détient prisonnière,
Se feignant ore être large aumonière,
Te donne à moi, mais pour plus sien me rendre.
Car, comme puis en te tournant comprendre,
Ta rondeur n’a aucun commencement,
Ni fin aussi, qui me donne à entendre,
Que captif suis sans élargissement.