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| "Debbie Harry" Cannelle |
vendredi 3 juillet 2020
lundi 25 novembre 2019
Souliers vernis, pieds sucrés.
Le petit Jonathan reste assis derrière son papa et
tape du pied avec ses frères et sœurs à chaque fois que passe un disque dans le
salon, ce qui arrive souvent. Jonathan il aime le kung-Fu, et de façon
générale, taper sur tout ce qui lui tombe sous la main, de façon spectaculaire
de préférence.
Bien
que ce qu’il préfère, quand passent les albums de Stevie Wonder, de Billy
Cobham ou de James Brown, ce sont ces lignes de basse machiavéliques qui lui
font tout chaud au dedans, et qu’il singe en se déhanchant comme un beau
diable, tout transporté d’infra-ondes au point d’avoir du mal à se retenir d’envoyer
au passage quelques terribles high-kicks imaginaires à de grands méchants
blancs moustachus, son papa, lui, voit en lui un potentiel drummer de légende :
ce petit, il va vite et précis comme un moine Shaolin, et le groove coule dans
ses veines comme le whisky dans celles de Robert Mitchum.
jeudi 21 novembre 2019
Vieux cons, petites putes (épisode 5)
- Je travaille pas avec Gilbert, je vous l’ai déjà
dit. Ce type est cinglé.
Elle a fini par lui faire miroiter une somme rondelette,
ce qui l’a fait hésiter une fraction de seconde. Cet appartement était étroit
et surtout, moins bien exposé : le soleil n’y rentrait par aucune des
fenêtres, quelle que soit la pièce. Rien à voir avec le triplex dont il venait
de rendre les clés à contrecœur il y a une heure à peine à son retour d’Ardèche,
et qu’il avait regretté sitôt franchie la porte de celui-ci. Tout en l’écoutant
parler il balaya la cuisine du regard en grattant une poussière imaginaire du
bout du doigt. Faut que j’y réfléchisse encore avança-t-il d’un ton maussade
avant de raccrocher. Fallait qu’ils soient drôlement embêtés, à l’Agence. Le
vieux ne leur réserverait pas de meilleur accueil.
mercredi 16 octobre 2019
(d)éditions : le catalogue

"S'il y a dialogue, le fait qu'ils soient ceux de l'Ego suggère que les
interlocuteurs ne font qu'un. Les Egodialogues flirtent avec
cette ambiguïté d'un autrui toujours là: l'autre voix de soi-même qui
vous contredit. Les Egodialogues ne sont pourtant pas l'affrontement
systématique de deux ego mais plutôt la tentative d'un discours qui tente
de maîtriser les dérapages de son propre ego. La posture philosophique de cet essai pose de façon ironique
l'existence d'un autrui auquel on se garde bien, ici, de laisser assez d'indépendance pour qu'il se détache de son propos et permette une dialectique qui
soit autre chose que la pure opposition des opinions.
Quid de la possibilité d'un
discours qui puisse interroger la surdité, le silence des réponses en ce que,
visiblement, elles s'empressent de toujours supplanter les questions. Ce qui semble fasciner l'auteur, c'est la possibilité même du questionnement : chaque question semble inutile,
malséante, malvenue, blessante. C'est drôle, car le crétin a sans doute meilleur presse. Il en a toujours été ainsi : l'imbécile est une figure plus sympathique que celle du philosophe."
> SUIVRE LES LIBELLES : "Egodialogues" ici
(Edition papier - 90 pages Editions Vanloo 2014 - (épuisé : derniers exemplaires disponibles en VPC sur demande en MP)
(Edition papier - 90 pages Editions Vanloo 2014 - (épuisé : derniers exemplaires disponibles en VPC sur demande en MP)
Un deuxième opus qui "investit à nouveau la figure de l'idiot en tant que celui qui fait rire car il
questionne et que, par cet acte de faiblesse, il repasse par sa propre bêtise, qu'il l'affronte en s'en donnant le spectacle, quasiment en se
détruisant en elle. La
catastrophe de la bêtise entraîne la catastrophe de l'ego, passe par son propre chaos. C'est
justement en cela qu'il est objet de fascination : si l'idiot offre tous
les raffinements de la bêtise, ce 2ème volume ne joue plus au plus malin avec lui. Il se revendique ainsi du vide, se heurte au langage. Rien ne se déploie, on file vers l'aporie sans jamais l'atteindre, on tourne autour de la répétition, on n'ose pas, on se
déchire.
Ainsi vont les Vacuodialogues dans leur drôlerie sarcastique : un désir ne parvenant jamais pas à se satisfaire. De lui-même il attend réponse,
des autres aussi, de tous ceux qui peuvent incarner une figure. Pas de nom
pour ouvrir la réplique, un tiret, puis un autre, et entre l'une et l'autre
des répliques, le silence envahit tout, combat pathétique avec
un punching ball qui refuse d'avoir mal."
> SUIVRE LES LIBELLES : "Vacuodialogues (Egodialogues Vol 2)" ici
Exemplaire numérique sur simple demande en suivant ce lien
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Imaginez un temps replié dans des profondeurs. Une civilisation sans horizon si ce n'est le bout d'un tunnel sombre. Enfilade de goulots et de cavernes où
l'on vit le cœur cloîtré, où rien ne s'élève et où l'absence d'étoile rend
encore plus concrète l'absence d'au-delà. Le monde reconstruit reproduit l'ancienne carte de la
surface, invente de nouvelles luttes, se détruit
sans autre projet, comme s'il y avait encore quelque chose à détruire. Le récit commence vingt ans avant avec les notes éparses d'Emmerick, le récit de son périple dans les
souterrains : parti avec quelques centaines d'hommes pour
conquérir de nouveaux tunnels, d'escarmouches en
escarmouches, au terme du voyage ils ne sont plus que sept. Quand le roman commence enfin, les sept, dont trois sont
devenus des notables, se sont divisés, trahis, désunis puis réunis. Dans un
contexte politique trouble, Nadun, un fils au seuil de l'adolescence, représente soit l'espoir, soit le danger ultime, alors
qu’au loin se profile un utopique et hypothétique retour à la surface. Ça peut sembler romantique. Héroïque. Tragique. Ça ne l'est pas.
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Que se passe-t-il quand quatre assassins lambda, dans une réalité lambda, doivent finir, inévitablement, par se rencontrer au moment même où tout se vide de sens, jusqu'à la réalité de leur propre existence ?
Un récit déshumanisé dont on ne sait vraiment jamais s'il relève du rêve, de la fiction ou du réel, qui entremêle l'horreur à la banalité des jours qui se suivent dans une lenteur sensorielle sans plus de points de repères: rien ne fait plus valeur qu'une assiette sale ou un pot d'échappement. On suit le cauchemar vide de chacun des protagonistes comme un témoin englué, téléspectateur passif d'un programme nauséabond sans véritable contour, instinctivement curieux d'un dénouement dont il est pourtant clair, mot après mot, phrase après phrase, qu'il ne satisfera rien d'une attente elle-même indéfinie.
Une plongée opaque dans un océan hanté de sacs plastiques aux ondulations gracieuses singeant encore, pour un temps, ce qui faisait vie. Et pourtant, tous respirent.
(PUBLICATION NUMERIQUE ACTUELLEMENT EN COURS : ABONNEZ-VOUS POUR SUIVRE LES EPISODES ! (un simple compte Google suffit)
jeudi 10 octobre 2019
Etre borgne ne fait pas de toi un cowboy (épisode 4)
Quand il est sorti des toilettes le ciel s’était terriblement
obscurci, au point que la cuisine était plongée dans l’ombre. Une couche gris
sale recouvrait les trois fenêtres rectangulaires, comme si une pluie de
cendres s’était abattue sur la ville le temps qu’il pète bruyamment pour rien
durant ce quart d’heure qu’il avait fallu pour qu’il comprenne qu’il ne
sortirait rien de son cul – il n’avait mangé qu’un peu de riz et une ou deux
bananes en trois jours, comment aurait-il été capable de produire quelque chose
de valable. Il s’est resservi une grande tasse de café dont il n’avait pas
envie, qu’il a accompagnée d’une cigarette en resserrant sa ceinture dans la
salle de bain. A six heures et demie, un jeune soleil cinglait bêtement au-dessus
des toits dans un concert de roses et d’oranges légers colorant l’indécision matinale
du ciel. Il avait même esquissé une danse obscène sur l’air de samba qui
passait à la radio et voilà que tout ressemblait à nouveau à une fin du monde,
le jour pointant vraiment.
dimanche 7 juillet 2019
La grimace des vieux singes (épisode 3)
Bien que l’on soit dehors, l’air manquait. La
soirée peinait à démarrer, elle s’était allongée à demi au centre de l’inconfortable
canapé en rotin dont les coussins blancs avaient au moins l‘avantage de ne pas
coller à la peau. En face, juché sur une chaise de jardin entre une quinquagénaire
à robe fleurie trop exubérante et leur hôtesse qui sur-jouait l’enthousiasme, lui
se servait généreusement à chaque retour du plateau sur lequel avaient été bizarrement
agencées des lamelles de charcuterie en croûte pour composer une mosaïque porcine
dans les tons rose-beige. Il avait opté pour ce pantalon ajusté de couleur
criarde et souriait à l’aide d’yeux brillants et enfoncés. C’était assez
crédible se dit-elle. Telle qu’elle s’était elle-même préparée, elle aurait pu
avoir épousé ce genre de type et finir sa vie de cette façon, beaucoup trop
maquillée chez des amis inutiles et ennuyeux, étalant la déroute de son corps
dans un dernier baroud d’élégance vulgaire, engoncée dans ce Jean’s blanc,
bardée de bijoux en or trop voyants.
vendredi 3 mai 2019
Les molosses sont des sales gosses (épisode 2)
Il avait un peu honte de s’y être pris à deux,
c’était qu’un gosse après tout. Un gosse dans les cent kilos, mais tout de
même. Il balaya le garage des yeux, c’était un sacré foutoir. Ils avaient
salopé le travail, sans parler de la boue. Il le laissa parler durant tout le
trajet, il semblait avoir besoin de ça et ça ne le gênait pas énormément, il
n’écoutait pas de toutes façons. Des histoires d’expéditions nocturnes, de
raclées fumeuses, fausses pour la plupart. Il connaissait mal la route, les virages
étaient serrés et ses vieilles lunettes de vue étaient sales au point que
certains reflets brouillaient les images qui surgissaient dans le faisceau des
phares jaunes ancienne génération qui n’éclairaient guère plus d’une dizaine de
mètres devant eux.
Tu l’as connu, toi, hein. Il ne savait pas trop de
qui il voulait parler, c’était bien possible, des types dans les bars c’était
pas ça qui manquait et les souvenirs qu’il avait gardé de son passage en prison
n’étaient pas bien clairs.
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