jeudi 22 septembre 2011

Nous ne sommes ni japonais, ni chinois : le chiffre quatre n’aura pas à être prononcé comme le mot « mort ». (4/20)




Voici le quatrième d’une série de 20 poèmes, qui seront postés durant 20 jours.


Au-delà d’avoir un effroyablement triste homonyme en ce début de XXIème siècle, François Coppée ne mérite définitivement pas le peu de notoriété dont il jouit ; si son amitié d’avec le grandiloquent José Maia De Heredia et le somptueux Verlaine, sa reconnaissance par Leconte de Lisle, fondateur des Parnassiens, et enfin son accession à l’Académie Française transcendèrent ses origines modestes, le plaçant à l’abri du besoin, rien ne parvînt à museler cette soif d’exotisme qui lui fera résumer d’un si beau vers sa nostalgie prolétaire : « J’ai le regret des rêveurs qui n’ont pas voyagé »…




RUINES DU CŒUR

Mon cœur était jadis comme un palais romain,
Tout construit de granits choisis, de marbres rares.
Bientôt les passions, comme un flot de barbares,
L’envahirent, la hache ou la torche à la main.

Ce fut une ruine alors. Nul bruit humain.
Vipères et hiboux. Terrains de fleurs avares.
Partout gisaient, brisés, porphyres et carrares ;
Et les ronces avaient effacé le chemin.

Je suis resté longtemps seul, devant mon désastre.
Des midis sans soleil, des minuits sans un astre,
Passèrent, et j’ai, là, vécu d’horribles jours ;

Mais tu parus enfin, blanche dans la lumière,
Et, bravement, afin de loger nos amours,
Des débris du palais j’ai bâti ma chaumière.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire