En passant devant je sors l’antédiluvien étendage en plastique blanc de dessous le porche pour l’installer dans un rai ardent, en plein milieu des herbes. Le linge balance immédiatement, fuchsia heureux dans le vert des champs. Je réussis le café puis je décide de reconstituer la petite ceinture de pierre qui entoure le bosquet, en ramassant des galets que la pluie a fait rouler plus loin et qui gisent là sur le flanc et en complétant le travail avec d’autres que je glane aux alentours. Lorsque je les remets en place, suivant soigneusement l’arrondi naturel du talus, ceux qui avaient chuté semblent me remercier à leur façon. Je bataille pour trouver une place aux autres, les nouveaux, que je retourne plusieurs fois sur eux-mêmes jusqu’à trouver la bonne arête. Je finis en recalant la deuxième pierre du petit escalier qui monte à la terrasse, la large plate qui branlait obstinément depuis notre arrivée, puis je me redresse, mon mal de dos menaçant de refaire surface. Je rentre me laver la tête en sentant que j’ai probablement l’air hirsute. Au village, nous achetons des fruits et du lait, et pour une pièce, la petite remonte avec un gros morceau de quartz flavescent qu’elle tient serré dans ses mains comme un cœur d’oiseau. Je fais griller d’épais morceau d’agneau et nous déjeunons comme ça, dehors, d’une salade grosse comme un ballon de foot et de galets de chèvre à la pièce étalés sur des tranches de pain de campagne. Peut-être que cet après-midi, nous ne prendrons pas la voiture. Qu’elle restera là, posée sur son socle de gravier comme une ferraille luisante et incongrue, pendant que nous partirons à pied dans un chemin, à la rencontre d’une rivière ou d’un sous-bois. Je ne finirai probablement pas de tailler ce grand bâton sur lequel j’ai passé mon ennui pluvieux, assis sur une chaise. Mon vieux couteau m’a creusé trois belles ampoules dans la main, et j’ai envie de ramasser des poignées de pommes de pin pour le barbecue de ce soir. Les petites sombres, celles qui font crépiter des escarbilles dans le crépuscule comme de petites étoiles filantes bruyantes.
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dimanche 7 août 2011
My own private Idaho (Last part)
vendredi 5 août 2011
My own private Idaho (part 4)
On ose à peine y croire, mais il fait beau. L'air ambiant est excité comme en hiver, froid, sec et fuselé.
Après avoir traîné toute la mâtinée nous nous sommes décidés à descendre au village sur les coups de quatorze heures, imbibés des images d’articles choc de la demi-douzaine de tabloïds achetés par désœuvrement la veille que nous venons tous d’éplucher dans les moindres détails au moyen de la consommation studieuse d’un bon litre de café raté.
Lunettes noires sur le nez, nous nous retrouvons au milieu de quatre guêpes opiniâtres à arroser un repas-parasol de grandes quantités de ce vin blanc dont nous sommes tombés amoureux et au moment de régler, l’enfant se renverse une bonne moitié de glace fondue parfum cola sur le t-shirt et le pantalon.
Lunettes noires sur le nez, nous nous retrouvons au milieu de quatre guêpes opiniâtres à arroser un repas-parasol de grandes quantités de ce vin blanc dont nous sommes tombés amoureux et au moment de régler, l’enfant se renverse une bonne moitié de glace fondue parfum cola sur le t-shirt et le pantalon.
Nous sommes repartis en riant et avons roulé au milieu de champs de lavande sauvage en poussant le volume de l’auto-radio à fond : nous sommes tous maintenant capables d’enchaîner au moins trois chansons de Lorie par cœur.
Pourtant, que la montagne est belle... mais nous, nous avons besoin d’amour (c’est comme ça).
Pourtant, que la montagne est belle... mais nous, nous avons besoin d’amour (c’est comme ça).
jeudi 4 août 2011
My own private Idaho (part 3)
Quand nous atteignons enfin la terrasse du bungalow, un petit cadavre d’oiseau raide trône devant la porte d’entrée. Après un rapide sentiment de dégoût suivi d’un stress bizarrement violent sur le moyen qu’il allait me falloir employer pour l’enlever, je me suis rappelé que nous étions en pleine montagne. J’ai regardé ma fille que la curiosité et l’innocence poussaient à étudier le petit corps rigide sans le moindre rejet, ai chassé l’image de pigeon mort qui me venait de la ville et sans parvenir à le toucher, j’ai récupéré l’oiseau dans une petite pelle en plastique. Nous avons traversé le champ de chardon qui borde la rivière jusqu’à un taillis, et je l’ai déposé là, couché sur le flanc. Nous avons répété une dizaine de fois « pauvre petit oiseau » puis nous sommes remontés au bungalow.
mercredi 3 août 2011
My own private Idaho ( Part 2 )
Nous choisissons de manger dehors, ce qui s’avère être une demi-mauvaise idée. Au milieu d’un repas composé de saucisses, de poivrons grillés, de tomates persillées et du reste de pâtes froides d’hier nappées d’huile d’olive, nous rentrons les uns après les autres récupérer un pull à l’intérieur. Je n’ai toujours pas réussi à chier depuis que je suis arrivé. Ca n’arrange pas mon caractère.
Au milieu de l’après-midi, j’encourage les filles à monter au hameau. La route grimpe sans discontinuité, de petits lacets très raides qui s’enchaînent sur un bitume gris délavé bosselé et creusé d’ornières. Au fur et à mesure qu’on monte vers le col les montagnes se resserrent autour de nous comme un étau ; la route se transforme en goulet étroit parsemé de tunnels creusés à même la roche. Ma femme avoue ne pas se sentir très à l’aise, la petite, elle, hésite entre être blasée et partager mon affection pour cette montée sinueuse au cœur du minéral. L’air s’est raréfié au point que j’en ai vaguement mal à la tête, si bien que j’ai un instant peur d’être assailli par une migraine, mais je m’efforce de ne pas y penser.
Arrivés au hameau, l’ambiance est lourde. Les nuages sont descendus très bas, et le temps reste indécis. Dans un silence gênant, des cris d’animaux retentissent d’un bout à l’autre des maisons qui s’entassent à flanc de montagne. Des hennissements, pour la plupart. Nous nous dirigeons à pied vers le grand enclos boueux qui marque l’entrée du village, où plusieurs chevaux sont attachés à un tronc d’arbre à quelques pas d’un préau. Autour, un gourbi fait de grandes mares odorantes, de fûts de tôle découpés et d’antiques pièces de charrue rouillées fait face à un ancien colombier retapé. Il y a là trois enfants, qui zigzaguent entre les bêtes aux naseaux fumeux.
Une fillette d’une dizaine d’année au visage farouche, vêtue de cette immonde tenue des lads – hautes bottes noires, pantalon d’écuyer sombre maculé de boue et gilet de cuir sans manches – nous accueille assez timidement mais le plus petit, qui doit avoir dans les sept ans, traverse la route pour prendre les choses en main, l’avant-bras droit dans un plâtre rapiécé. Trapu, les cheveux coupés ras, les jambes nues et les pieds enfoncés dans des bottes en plastique à la couleur indéfinissable, il s’avance vers nous d’un pas décidé. Le troisième le suit à quelques pas de distance. Ma fille n’en mène pas large. Le plus grand, celui qui clôture la marche, a l’air le moins dégourdi avec sa tignasse brune et ses grosses joues. Tous les trois pataugent dans la fange puante comme si de rien n’était, et s’égalent en crasse. Après une courte négociation qui nous déleste de cinq euros, nous nous en tirons avec Flamme, une ponette grassouillette aux sabots très écornés et au caractère acariâtre, puis nous partons sur une route de goudron. Nous sommes ici si loin de tout qu’on se croirait à l’étranger, ou au moyen-âge. Les sols fument, des animaux nous toisent l’œil morne, chèvres à la longue barbichette, porcs maigrelets souillés du poitrail à la truffe, coqs et pou
Quand nous reprenons la voiture pour amorcer la descente, un grand vrai rayon de soleil darde enfin sur le bitume. J’ai un peu la sensation de sortir d’un rêve grumeleux peuplé d’animaux et de purin tandis que nous traversons les tunnels de pierre tous feux allumés, et quand enfin nous débouchons sur la départementale, « You Shoot Me All Night Long » d’AC/DC arrive dans l’auto-radio. Alors que j’augmente le volume, ma femme se met curieusement à secouer la tête de façon très détendue, puis ma fille me demande si c’est ça du rock. Merde. Ca doit ressembler à ça, les vacances. Quelque chose comme ça.
mardi 2 août 2011
My own private Idaho... (part 1)
Un peu plus tôt, avant que l’orage ne se déchaîne, un vent féroce s’est abattu sur la vallée en couchant les forêts de pins qui tapissent la montagne qui nous fait face. Le spectacle est impressionnant : voir un flanc de montagne entier se coucher d’un seul élan sous les rafales, et courber à de multiples reprises d’une même marée sous les assauts répétés d’un souffle chargé de pluie épaisse, alors que nous sommes isolés de tout dans ce bungalow incongru, procure un sentiment instinctif plus ou moins
Il y a moins d’insectes que prévu, ce qui est plutôt une bonne surprise. Par contre, nous éprouvons une irrésistible envie de fumer ; nous sommes avides de tabac, comme si nous en avions été privés. Il fait froid. Nous avons sorti tout ce dont nous disposions comme vêtements chauds, et le compte est maigre. Faire chauffer des pates sur la mini plaque de cuisson électrique nous prendra presque une heure, et nous mangerons tous ensemble, serrés les uns contre les autres sur la table étroite dont un pied reste obstinément bancal.
En fumant une ultime cigarette sur la petite terrasse de planches, j’éprouverai un sentiment bizarre. Le fait d’avoir récemment déménagé, là bas, chez nous, à la ville, puis d’être soudainement ici au milieu d’un champ d’altitude, cerné d’une nature potentiellement hostile dans le noir le plus profond me plonge dans une nostalgie imbécile d’un « chez moi » que je ne parviens pas à définir. Je lance un regard hasardeux au barbecue rouillé planté sous la gouttière, sur lequel se déverse toujours un filet d’eau de pluie luisante suintant du toit de bois repeint en vert. En bas, à quelques mètres, la rivière gronde plus profondément qu’en journée, comme en sourdine, pleine de basses et de résonnances inconnues.
Nous fermerons quasiment tous les volets du bungalow, identiquement faits d’un panneau de bois plein. Je n’aime pas dormir dans le noir complet, mais pour ce soir, ça ira.
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