mercredi 5 février 2014
mercredi 22 janvier 2014
La musique est un cri qui vient de l'intérieur...
« La manie de la musique a envahi cette fin de
siècle. (…) Plus un adolescent qui ne file des si bemol, qui ne siffle,
souffle ou cogne d’un instrument quelconque. L’usine et l’atelier sont à peine
déverrouillés, la nuit n’a pas plus tôt convié au repos le campagnard que,
piqués de la tarentule, tous se jettent dans la ramollissante étude du doigté
et de l’accord tintamarresque, par un besoin mal compris de satisfaire à
l’acuité nerveuse suscitée par un labeur abrutissant.
Et il est enrageant de voir avec quelle âpreté tous
ces malheureux travaillent à leur affaiblissement cérébral. (…)
Nos bons dirigeants ont vite compris tout l’avantage
qu’ils pouvaient tirer d’un semblable affolement. Par leurs discours filandreux
et l’appoint de l’argent des contribuables, ils encouragent à cette monomanie
tous les jours grandissante, dévoyant ainsi les revendications progressives des
desiderata prolétariens. « Mieux vaut subir leurs insipides
concerts que leurs plaintes revendicatrices » pensent-ils.
Ils savent d’expérience que le temps de liberté laissé
actuellement au travailleur ne lui permet guère plusieurs occupations
distractives à la fois. Et pendant que l’adolescent aiguillonne son cerveau
pour y bourrer l’inutile science orphéonique, qu’il endolorit le peu d’énergie
qu’il pourrait retrouver aux moments de retour en lui-même, qu’il oublie la
triste existence qui lui est départie dans la Société actuelle, il reste
indifférent et passif. Il passe, ignorant, à côté de la gestation continue à
laquelle sont livrés quelques-uns de ses compagnons de peine, gestation à
laquelle, intéressé, il pourrait apporter ses connaissances et son temps mieux
employés.
D’ailleurs, en dehors de toutes considérations
sociales, la musique, art peut-être agréable pour certains, n’est pas un art
utile. Entre tous, c’est le seul qui n’ait pas de réflexion effective sur la
pensée. Son résultat n’est qu’une pure sensation auditive qui, douce, porte à
la somnolence, qui, tapageuse, irrite le système nerveux. C’est, en toute
occurrence, un chatouillement désagréable dont les chiens — en cela plus
expressifs que les hommes — savent fort bien donner l’idée par leurs hurlements
plaintifs.
Elle nuit au développement de l’intelligence en
l’atrophiant. »
Novembre 1887, L’Autonomie
Individuelle, Albert Carteron, anarchiste.
vendredi 17 janvier 2014
jeudi 16 janvier 2014
D'anà, d'anà, vei lou pitchoun ques nat !
Quand j’étais petit, je ne ratais aucune Pastorale ; mon père nous emmenait la voir à la paroisse du Lacydon au sein de laquelle on l’avait envoyé passer toute une enfance sous la houlette d’un abbé à la carrure de lutteur antique dont les pieds monstrueux étaient chaussés de ces terribles sandales sacerdotales. Devant les portes d’une salle des fêtes délabrée mais de belle dimension, après m’avoir repéré dans la mêlée de l’incontournable partie de foot qui se jouait avant l’ouverture du rideau - et à laquelle il prenait part par brefs surgissements couronnés de formidables boulets tirés à bout de sandale-, l’abbé me donnait de très grandes tapes dans le dos en me fouillant de ses yeux vitreux déformés derrière des verres de lunettes incroyablement épais, comme pour y chercher un pêché qui n’était pas encore de mon âge, comme un vol de mobylette ou une session de crevage de pneus de voiture. Puis dès que le soir tombait, nous rentrions nous asseoir sur une même rangée de sièges à la feutrine bordeaux sale dans l’atmosphère bon enfant d’une salle bondée, et je me préparais à un grand moment : le spectacle, sorte d’opérette marseillaise brillamment costumée réunissant quelques ténors amateurs locaux, m’époustouflait : les yeux écarquillés, je vibrais sur mon siège à l’écoute de ces voix de stentor louant la période des fêtes dans un fracas de vocalises catéchèses, tremblais aux éclats des pétards qui rythmaient les apparitions d’un diable terriblement effrayant à la voix de basson, riais aux apparitions burlesques du Chichourlé et versais une larme enfantine lors de la procession finale qui saluait la naissance du petit Jésus. Je repartais le cœur gonflé de mélodies époumonées par les bergers et les Rois mages, la promesse d’une figurine géante de Goldorak ou d’une planche de skate noire striée aux roues orange planant au-dessus de ma tête comme une auréole. Cette année, soudainement assailli d’un relent mélancolique à la vue d’une affichette scotchée sur un réverbère, je me décidais donc à emmener à mon tour ma fille voir une Pastorale, tout ému à l’avance de retrouver la beauté dramatico-naïve du spectacle qui m’avait tant marqué dans ma prime jeunesse. Donnant le bras à ma femme, j’ai donc passé les portes de l’Eglise St François qui darde son clocher à deux pas de mes fenêtres le cœur léger, ayant promis à ma fille à la fois un spectacle d’une curiosité émouvante (« c’est comme la Crèche, mais en vrai »)et une occasion de pénétrer dans cette église si mystérieuse que l’on voyait s’emplir et se vider de « ceux qui croient en dieu, pas comme nous » chaque samedi. L’abbé qui attendait sur le parvis, frêle et osseux comme une vieille assiette de porcelaine jaunie qui se serait laissée pousser une barbe sale, nous scruta à la dérobée de façon vaguement réprobatoire mais cela n’entama pas ma bonne humeur. Hélas, le spectacle auquel nous assistâmes le cul martyrisé sur les deux planches arides d’un banc en bois y ressemblât dès les premières mesures à une veillée de colonie de vacances illustrée de costumes bricolés à l’aide de vieux draps, pantomimée sur un enregistrement play-back faisant résonner des dialogue ridicules et atones dans des haut-parleurs agonisants, tandis qu’un chœur, plutôt harmonieux au demeurant, mais situé en hauteur et dans notre dos, se contenta de ponctuer une succession morose et interminable de saynètes cacochymes interprétées par les fidèles de la paroisse avec la grâce de poteaux EDF de chants liturgiques bravement ennuyeux.
Le soir même, je me suis cassé un gros bout d’incisive sur un sujet en forme de Saint Joseph bien caché dans la frangipane tiède d’une galette des rois, tandis que ma fille résuma notre sortie par un laconique : « c’était nul à chier » lancé à l’adresse de ma belle-mère.
mercredi 13 novembre 2013
Le jour donc où il n’y aura plus que de la lumière et des chambres d’échos...
Il
est rare que je me contente, dans les post de La Petite M, de reprendre pour
presque totalité les termes d’un article que je me suis trouvé à parcourir. C’est
pourtant ce que je vais faire ici, parce que ce faisant, je respecte malgré
tout un des fondamentaux de ce blog : donner envie, partager des émotions
et des enthousiasmes.
jeudi 7 novembre 2013
Le sale des autres
- Ben oui, ça m’arrive. Comme tout le monde.
- Bon sang qu’est-ce que c’est fatiguant !
- Fatiguant ?
- Ah ouais, quand t’as fini, t’es claqué ! Et si tu y réfléchis bien, personne le dit. On le dit pas assez, en fait.
- Que faire le ménage, c’est fatiguant ?
- Ouais !
- En même temps, tout le monde le sait, non ?
mardi 5 novembre 2013
Salut à toi, ô, Barbouze
Le soir d’halloween, tandis que quelques milliers de petits français se ridiculisent en parodiant avec l’aval sirupeux de leurs parents déboussolés et une méconnaissance crasse une tradition anglo-écossaise controversée mâchée et réduite en bouillie par la carnivore Amérique, Gérard de Villiers meurt.
Cet orphelin de père, faux aristo mais terrible réac, commence en premier lieu à barouder pour alimenter les balbutiements de la presse people au sortir de la guerre : il s’illustre déjà par son goût pour les femmes, le fric, l’opulence et les coups tordus, avec quelques pépites d’investigations journalo-trash (on lui doit la célèbre rumeur savamment orchestrée « Sheila est un homme ! » ) mais c’est finalement une carrière de reporter international plutôt brillante qui lui vaut une petite renommée dans les milieux casse-cou avant que la mort de l’auteur de James Bond ne le pousse sur la voie de la littérature d’espionnage : son propre 007 voit le jour, il est hongrois, improbable, caricatural et jouissif ; c’est Malko Linge, Son Altesse Sérénissime.
Naissance d’un mythe qui va durer 200 épisodes.
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