lundi 29 août 2011

Le train sifflera trois fois

J’ai relu Jim Harrison et je suis parti une fois de plus faire sauter ce maudit barrage sur Grand Canyon. J’ai lu un nouveau Philippe Djian et je me suis retrouvé à héberger une adolescente suicidaire chez moi. J’ai relu le NecronOmicon et j’ai recommencé à pratiquer ces incantations démesurées en ayant vaguement peur de quelque chose. Je me suis décidé à lire Haruki Murakami et j’ai passé une nuit improbable et dubitative quelque part dans Tokyo, sans goût véritable. J’ai relu Raymond Carver et j’ai encore traîné mes savates dans les sous-sols américains, les mains dans les poches et les dents sales. J’ai lu et relu une carte postale d’Oh! Tiger Mountain postée depuis la Californie, et je l’ai tournée et retournée plusieurs fois dans mes mains. J’ai relu les cinq premiers tomes de la Quête de l’Oiseau du Temps, en m’ennuyant. J’ai compulsé le nouveau catalogue Ikea et je me suis senti effroyablement vide; comme ces soirs impénétrables où les verres s’enchaînent inlassablement sans que la moindre ivresse ne daigne montrer le bout de son nez, remplacée par cette dégueulasse fatigue abasourdie, j’aurai pu lire la Grande Bibliothèque d’Alexandrie dans son entièreté que je n’aurai pas goûté à la moindre étincelle.

A la place, la fin de l’été murmure ce chant déplaisant et bizarrement mélodieux, bien que la chaleur rechigne à se retirer. Je vais donc rester le cou penché devant mes rayonnages de livres, indécis et vaguement inquiet jusqu’à septembre.

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