dimanche 22 avril 2018

Variété dévolutionnaire

J’ai quarante-six ans. Autant dire que je suis plutôt largement passé de l’autre côté du cadran, si l’on s’en tient aux statistiques et aux signaux merdiques envoyés par mon organisme. Je viens de ressortir « All Eyez On Me » de 2Pac à ma fille ébahie, qui peine encore à croire que « je connais » : son pote de 5èmeB vient de lui affirmer que c’était « le roi des rappeurs ». Alors, que son père sache de qui il s’agit, et qu’il ait des disques de 2Pac dans son meuble marron, ça ressemble à une blague. Cela servirait-il à quelque chose que je lui parle de l’escalade EastCoast/West Coast des 90’s, que je lui cherche, tiens, dans la foulée, un album de Biggie ? Que je tente un topo Snoop/Dré v.s Puff/Mobb Deep? Tu parles. Faudrait que j’arrive à me retenir d’alimenter frénétiquement le plateau de ma Denon comme un chargeur de AK à coups de Jungle Brothers, d’ATCQ, de NWA, de Fat Joe, puis de De La Soul, etc, etc…

lundi 5 février 2018

Coup de pied au Q.

La première nait blonde en 1989 en Pennsylvanie d’un père conseiller financier héritier de trois générations de présidents de banque et d’une directrice de marketing de fonds mutuels. Elle  passe son enfance dans une ferme de onze hectares, ses vacances d'été dans une maison secondaire du New Jersey, et se passionne pour l’équitation (papa possède plusieurs chevaux) et les comédies musicales (maman lui paie des cours de chant et de comédie à Broadway).
Le second naît noir en 1933 à Chicago, d’une maman qui va pas tarder à être internée pour maladie mentale. Y’a pas l’ombre d’un dollar dans le foyer : Papa le ballade de ville en ville à la recherche de petits jobs puis finit par s’installer dans la banlieue de Seattle.
New York l’ingrate se refusant au talent de la petite blonde, elle se rabat sur la musique Country : à 11 ans, forte d’un prix à une compétition locale, maman la fait déménager à Nashville, ce qui ne lui réussit pas plus : elle est rejetée par les labels. A 12 ans, elle se dit qu’apprendre à jouer de la guitare pourrait aider : elle apprend 3 accords avec un réparateur informatique pseudo-guitariste et s’en sert illico pour écrire sa première chanson, avant que papa et maman, ébahis par tant de ténacité, ne déménagent eux aussi pour Nashville (papa change de banque) en faisant un « sacrifice incroyable » dont elle dit elle-même, je cite : « Mes parents ont été jetés là-dedans (la musique country) : nous n'avions aucune idée de ce que nous faisions. Mes parents m'ont acheté un livre sur l'industrie de la musique ». Un livre magique. Par lui, tout arrive.

dimanche 28 janvier 2018

Clef à molette

D’un côté, l’Oxfam –mais ça pourrait être n’importe quelle autre Agence, organisme ou média : qui ose encore faire croire qu’il se soucie des sources ? - fait tomber une nouvelle série de chiffres exposant une fois de plus le chaos préprogrammé vers lequel nous fonçons en ordre de bataille : 82% des richesses du monde de 2016 n’auraient bénéficié qu’à 1% de la population, tandis que la moitié la pus pauvre de la planète (3,7 milliards de gens) n’aurait pas bénéficié du moindre dollar issu de cette manne.
De l’autre, la démultiplication des postulats « philosophico-sociologiques » encourageant – ou constatant – les tendances à la décroissance ou au refus de la compétition consumériste : du « Désobéir » de Frédéric Gros (qui pointe le syndrome de « l’enfant sage » à travers ce qui serait un désir inconscient de « sur-obéissance » pour faire rempart au vertige existentiel, citant Thoreau, La Boétie et Epicure pour encourager à une désobéissance sociale qui passerait par « l’amitié » et à « désobéir par soi-même, pas à travers quelqu’un d’autre ») au carton Netflix du documentaire « Less Is Now Tour » (deux prosélytes américains donnant des conférences à travers leur pays pour prêcher le minimalisme), du « Project 333 » (un « challenge mode » invitant à ne s’habiller qu’avec 33 vêtements pendant 3 mois) aux articles de « Elle » intitulés « Fuck Ambition ! », de la démultiplication des expressions kleenex désignant le désintérêt pour le travail et la vie en général (partant du vieillot « burn-out » pour transiter à travers le récent mais déjà démodé « bore-out » pour en arriver au très chic « brown-out » (le manque de motivation pour son travail)), de la démultiplication des tendances à l’ultra-cocooning (au choix, exportées de l’Europe du Nord ou du Japon) à la démultiplication des tendances à plaquer un job anciennement auréolé du marqueur de la réussite pour revenir à l’authentique d’un « artisanat de proximité » (aux produits ultra-scénarisés et aux tarifs prohibitifs), la liste est interminable.

vendredi 29 décembre 2017

Monsieur Pif

Le 1er décembre 1901, « l’Emancipatrice », une coopérative autogérée, décide d’offrir à Aristide et Célestine « Jean-Pierre », le premier journal illustré pour enfants d’inspiration socialiste : allez, ciao les curés et leur mainmise sur les parutions jeunesse, place aux contes, aux jeux, et à ce qu’on finira par appeler « bande dessinée ». Dedans c’est drôlement rigolo, même si des « reportages » tentent un peu d’influencer la sensibilité politique d’Aristide et Célestine : antiracisme, antimilitarisme, valorisation du travail manuel… Mais bon, faute d’abonnés, le trop précurseur « Jean-Pierre » s’arrête en 1904. Aristide et Célestine se re-cognent le bon goût catholique et retrouvent les gentilles illustrations crayonnées pastel qui plaisent tant à maman, soulignées de leurs légendes espiègles qui plaisent tant à papa…
La bataille politique du magazine jeunesse est pourtant lancée.

mardi 26 décembre 2017

Poquelin-terminable

- Demain on va au théâtre. Nous allons voir « Les Précieuses Ridicules ».
- Ah bon ?
- Oui. On avait déjà vu « Les Femmes Savantes » le mois dernier, on s’est régalés. Donc là, on profite !
- Diable…
- Quoi ?
- Bah c’est juste que moi, je me suis toujours emmerdé, au théâtre. Un peu comme à l’Opéra.
- Ha non, moi, j’adore ! Et l’Opéra aussi !
- Bon sang l’Opéra, à quelques rares exceptions près, je me demande comment on peut trouver du plaisir à subir ça pendant plus de deux heures : c’est d’un chiant !
- Ah mais non ! Vous ne pouvez pas dire ça ! C’est magnifique, au contraire : la grande musique jouée en direct, c’est impressionnant ! Et ces voix !...
- Ca je suis d’accord : c’est juste qu’au bout de vingt minutes, j’en peux plus. En fait c’est le côté « récit », je trouve ça épouvantable : ça me fait définitivement penser à une forme ancestrale de ces comédies musicales immondes dont ils inondent le marché à peu près tous les ans : aussi ridicule, mais version bourgeois.
- Mais enfin vous ne pouvez pas comparer ! L’Opéra, c’est la tragédie grecque, c’est l’épopée, c’est de l’Art ! On ne peut pas comparer Dove Attia à Tannhauser !